
La Charge de l'orignal épormyable
SUPPLÉMENTAIRES LES 7 ET 8 AVRIL
de Claude Gauvreau
Mise en scène Lorraine Pintal
Durée du spectacle : 2 h 15 sans entracte
ELLE REVIENT À LA CHARGE!
par Lorraine Pintal
La Charge de l’orignal épormyable est présentée pour la troisième fois au TNM. Seul Molière a eu droit à trois productions différentes d’une même pièce! Créée dans les années 1950 devant un public réduit, elle a eu droit à une première renaissance au TNM en 1974, dans une mise en scène de Jean-Pierre Ronfard, puis a fait l’objet d’une première reprise au début des années 1990, dans une mise en scène d’André Brassard. Aujourd’hui, vous la remettez à l’affiche. En quoi notre regard (et votre regard) sur cette œuvre s’est-il modifié?
Si mon souvenir est exact, Jean-Pierre Ronfard avait été très fidèle aux intentions de Gauvreau, avait respecté ses didascalies à la lettre. André Brassard avait pour sa part accentué le réalisme et même la quotidienneté de la pièce, faisant de Mycroft un homme à dimension humaine. Il avait tablé sur la force physique et la grandeur du personnage (interprété par Jacques Godin au Théâtre de Quat’Sous et par Robert Lalonde lors de la reprise au TNM) et sur la petite taille de tous les comédiens qui jouaient ses tortionnaires : René Richard Cyr, Adèle Reinhardt, etc. Le décor, trop petit pour Mycroft, taillé sur mesure pour les « nains » qui le persécutaient, ressemblait à une maison de poupées dans laquelle il se sentait terriblement à l’étroit. Chacune à leur manière, les mises en abîmes de Ronfard et Brassard étaient remarquables. De mon côté, je désire établir un lien direct entre le personnage de Mycroft et les victimes de torture en période de conflits armés. Les guerres que nous vivons aujourd’hui, générées par les gens qui nous gouvernent, pourraient s’inscrire clairement en arrière-plan de la mise en scène. Je souhaite inscrire Mycroft dans le cadre d’un conflit majeur et, dans ce contexte guerrier, montrer le combat entre lui, l’homme pur à la recherche de l’absolu, et ces êtres fourbes qui l’entourent, qui ne sont que conflits et guerres, que sadisme et corruption, que violence gratuite. Cela nous vaut d’ailleurs dans la pièce une scène de ballet grotesque et sadien (Gauvreau aimait beaucoup l’œuvre du marquis de Sade), qui en dit beaucoup sur les mécanismes de l’oppression, qui font de l’homme une bête, ainsi que sur la perversion qui est la source de cette oppression. Mais, à la fin de la pièce, on ne peut que remarquer que, tout comme Donatieu Marcassilar, Mycroft accepte de manger. Après avoir été abusé, spolié de ses droits, persécuté par les autres personnages, il choisit tout de même la vie. Il accepte de retourner dans la société. Son humanité profonde n’aura pas été atteinte. Il aura su préserver le meilleur de lui-même. La Charge de l’orignal épormyable parle donc aussi de la victoire de l’amour sur l’humiliation et la haine.
Extrait d’une entrevue réalisée par Stéphane Lépine pour l’Emporte-pièces.
LORRAINE PINTAL
Lorraine Pintal est partout et s'intéresse à plusieurs aspects de la création: comédienne, metteur en scène, réalisatrice, auteur. On la retrouve tantôt au théâtre, tantôt à la télévision et même au cinéma. Elle a été codirectrice du Théâtre de La Rallonge et depuis la saison 1992-1993, elle est la nouvelle directrice générale et artistique de la Fondation du Théâtre du Nouveau Monde.
À titre de metteur en scène, nous lui devons, entre autres: C’était avant la guerre a l’anse a Gilles de Marie Laberge (NCT, 1981), dans la jungle des villes de Bertolt Brecht (La Rallonge, 1981), le malade imaginaire de Molière (TPQ, 1982), la visite des sauvages d'Anne Legault (Compagnie Jean-Duceppe, 1986), Florence de Marcel Dubé (NCT, 1987), Le syndrome de Cézanne de Normand Canac-Marquis (La Rallonge, 1987), Madame Louis XIV de Lorraine Pintal (La Rallonge, 1988) Ha Ha !... de Réjean Ducharme (TNM, 1990), Les femmes savantes de Molière (NCT, 1990), Hosanna de Michel Tremblay (Théâtre de Quat'Sous, 1991), Vol au dessus d’un nid de coucou de Dale Waserman (Compagnie Jean-Duceppe, 1991), Ines pérée et Inat tendu de Réjean Ducharme (TNM, 1991), Les beaux dimanches de Marcel Dubé (TNM, 1993), Andromaque de Jean Racine (TNM, 1994), Jeanne Dark des abattoirs de Bertolt Brecht (TNM, 1994), La compagnie des hommes de Edward Bond (Théâtre de Quat'Sous, 1996), Hedda Gabler de Henrik Ibsen (TNM, 1996), Le vampire et la nymphomane de Gauvreau (Production Chants Libres, 1996), Tartuffe de Molière (TNM, 1997), Les oranges sont vertes de Claude Gauvreau et Monsieur Bovary de Robert Lalonde sur la scène du TNM en 1999 et 2000.
Pour la saison 2001-2002 du TNM, elle a adapté pour la scène L’hiver de force de Réjean Ducharme qui sera présenté sur la scène de L'Odéon à Paris en février 2002. À l'hiver 2003, elle mettait en scène le spectacle de clôture du Festival Montréal en Lumières intitulé Montréal brûle les planches. Au cours de la saison 2003-2004, elle a signé la mise en scène de The Burial at Thebes dans une adaptation du poète irlandais Seamus Heaney d'après Antigone de Sophocle, pour le Abbey Theatre à Dublin en Irlande et celle de L’asile de la pureté de Claude Gauvreau sur la scène du TNM. En avril 2005, elle signe l'adaptation et la mise en scène de Une adoration de Nancy Huston, et en novembre 2005, la mise en scène de Antigone de Sophocle, texte français de Marie-Claire Blais, d'après la traduction de Seamus Heaney. Elle met en scène Wozzeck, opéra de Alban Berg dirigé par Yannick Nézet-Séguin (TNM, 2006), Don Juan de Molière (Festival de Stratford, 2006 et TNM 2007) et crée La petite pièce en haut de l’escalier de Carole Fréchette (TNM, 2008).
Du côté de la télévision: elle a réalisé Rachel et Réjean de Anne et Claire Dandurand ainsi que Le grand remous de Mia Riddez. Elle a coordonné la réalisation de la série de Victor-Lévy Beaulieu, Montréal, PQ pour la société Radio-Canada. Elle a également réalisé un court métrage dans la série 16-26 d'un texte signé par Suzanne Aubry, Signé Charlotte S et adapté pour la télévision ses mises en scène au théâtre de Hosanna! de Michel Tremblay et de Tartuffe de Molière. À l'automne 2002, elle a réalisé pour la société Radio-Canada, Bilan de Marcel Dubé.
Comme comédienne, elle a occupé la majorité des scènes québécoises sous la direction de metteurs en scène aussi réputés que André Brassard, Jean-Pierre Ronfard, Olivier Reichenbach, François Barbeau. Elle fut de la distribution des séries télévisées La pépinière, onzième spéciale, Blanche, Juliette Pomerleau, Deux frères et de longs métrages comme Nelligan.
