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Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango
Céline Bonnier et François Papineau




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La Charge de l'orignal épormyable

DU 10 MARS AU 4 AVRIL 2009
SUPPLÉMENTAIRES LES 7 ET 8 AVRIL
de Claude Gauvreau
Mise en scène Lorraine Pintal

Durée du spectacle : 2 h 15 sans entracte

Claude Gauvreau

LA CHARGE DE L’ORIGNAL ÉPORMYABLE

À la mort de la femme qui était tout pour lui, Mycroft Mixeudeim, personnage pur et naïf à la carrure de géant, incompris de son entourage, s’est retiré du monde pour entrer au service de quatre pseudo-analystes du comportement humain : Lontil-Déparey (qui fait beaucoup de gestes, mais n’est pas très solide sur ses jambes), Becket-Bobo (personnage impassible qui assure discrètement l’efficacité de cet univers et sans qui personne n’y pourrait survivre), Laura Pa (au physique plutôt voluptueux et que rien ne scandalise) et Marie-Jeanne Commode (qui affiche une pudeur trop systématique pour être sincère). Ces derniers se servent de lui comme d’un cobaye, se livrant à des jeux cruels aux seules fins d’illustrer leurs théories fumeuses. Et Mycroft n’a d’autre choix dans de contexte oppressant que de charger sans cesse contre la bêtise et de se réfugier dans son amour fou pour une femme inaccessible. L’arrivée en scène du sadique Letasse-Cromagnon outrepasse les limites de ce grand cirque macabre dans lequel la soif de manipulation mène tout droit à la destruction.



CLAUDE GAUVREAU, L’ORIGNAL ÉPORMYABLE

Au sein des auteurs de la dramaturgie québécoise, Claude Gauvreau occupe une place à part à cause du radicalisme de son écriture, de la flamboyance de son verbe, de sa dramaturgie volontairement mélodramatique et, il faut bien le dire, à cause de sa réputation de poète maudit, réputation qu’il a lui-même construite à travers ses œuvres. Ce géant solitaire et farouche n’a pas entraîné à sa suite une cohorte de disciples ni en poésie, ni en théâtre. Pourtant, depuis la publication de ses Œuvres créatrices complètes il y a à peine plus de trente ans, Gauvreau est devenu une référence pour les dramaturges; on sent son influence chez maints auteurs nés trop tard pour connaître l’homme – pensons entre autres à Wajdi Mouawad ou à Olivier Choinière – mais qui ont eu accès à l’œuvre, ce qui était impossible aux contemporains du poète.

L’écrivain et artiste Claude Gauvreau est né à Montréal en 1925. Après des études au Collège Sainte-Marie, d’où il est renvoyé pour ses idées radicales et pour avoir dessiné des croquis obscènes dans les marges de ses cahiers, il complète sa formation par des cours de philosophie à l’Université de Montréal.

En 1942, son frère le peintre Pierre Gauvreau rallie ses amis de l’École des Beaux-Arts autour de Paul-Émile Borduas, avec qui Claude Gauvreau se lie d’amitié. À l’occasion de leur première exposition en 1946, on commencera à nommer « Automatistes » ce groupe de jeunes artistes novateurs stimulés par les idées de Borduas.
Dès le milieu des années quarante, Gauvreau se fait connaître comme critique et polémiste, tout en écrivant une série de vingt-six « objets dramatiques » auxquels il donne le titre Les Entrailles; dans ces textes dont quelques-uns paraîtront au fil des années, Gauvreau évolue de façon spectaculaire, passant d’une écriture symboliste au surréalisme pour ensuite poser les bases de son écriture exploréenne, une écriture qui transfigure le langage, en particulier les mots, pour le rendre porteur des fulgurances de l’inconscient. Un de ces objets dramatiques, Bien-être, est porté à la scène en 1947 pour une seule représentation, dans une mise en scène de l’auteur, des costumes de Madeleine Arbour et une scénographie de Pierre Gauvreau; ce court spectacle, interprété par Claude Gauvreau et Muriel Guilbault, sera malgré l’incompréhension du public une étape importante de la modernité théâtrale au Québec. L’année suivante, Gauvreau fait partie des signataires du Refus global,.

La puissance stupéfiante de sa poésie éclate pleinement dans son recueil Étal mixte, écrit en 1950 et 1951. Mais l’année suivante, le suicide de Muriel Guilbault affecte terriblement le poète, qui devra par la suite subir plusieurs séjours en psychiatrie. Son activité littéraire et artistique demeure cependant aussi vigoureuse que rigoureuse, ce dont témoigne son « roman moniste » Beauté baroque, écrit en 1952. Deux ans plus tard, il organise l’exposition La matière chante, dernière manifestation du groupe des Automatistes, qui se disperse peu après. Tout en poursuivant sa démarche poétique et en écrivant pour la radio des textes alimentaires, il s’appuie sur l’idée d’Artaud qui voit dans le mélodrame le seul genre théâtral authentique créé par l’occident moderne pour écrire ses grands textes théâtraux dont L’Asile de la pureté (1953), La Charge de l’orignal épormyable (1956), La Reprise (1967) et Les oranges sont vertes (1970). Ses participations aux soirées de Poèmes et Chants de la résistance en 1968 et à la fameuse Nuit de la poésie de 1970 révèlent au public l’originalité et la force de sa parole. Mais lorsqu’il meurt abruptement en juillet 1971, il est cependant encore peu connu. Claude Gauvreau a fait une chute mortelle du toit de son logis, où il avait coutume d’aller faire ses exercices avec des haltères. Le rapport du coroner a conclu à une « mort violente » dont il lui était « impossible de déterminer les circonstances », refusant de confirmer ou d’infirmer la thèse d’un suicide.

La création des Oranges sont vertes au TNM en janvier 1972 le propulse au rang d’écrivain majeur, ce que confirme l’impact durable de la publication de ses Œuvres créatrices complètes en 1977 aux éditions Parti pris que dirige Gérald Godin.

Paul Lefebvre