
Nebbia
SUPPLÉMENTAIRES DU 7 AU 11 OCTOBRE
Écrit et mis en scène par Daniele Finzi Pasca
Cirque Éloize en coproduction avec Teatro Sunil
NEBBIA OU LA SUBSTANCE MÊME DE NOS RÊVES
Certains brouillards sont épais et profonds comme des ivresses. On y perd ses points de repère; il n’y reste que les réverbères, références blafardes, îlots de lumière. L’horizon fond et il semble que la mer commence à deux pas.
Dans la plaine du Pô, le brouillard est une aventure. Enfants, quand nous allions visiter nos grands-parents, nous savions que toute la rue, les maisons devant le balcon du salon et le monde entier pouvait disparaître avant la nuit. Le ciel descendait très bas et chaque son semblait une petite hallucination.
Paolo, un de mes compagnons de classe, avait un coquillage dans lequel on pouvait entendre la mer. Quand le brouillard tombait, accoudé à la fenêtre de la maison de ma grand-mère, on pouvait s’imaginer que des transatlantiques passaient.
Dans le brouillard, on ne se perd pas, on fait seulement des rencontres étranges, qui ne sont ni des mirages ni des hallucinations. Dans le brouillard, la réalité se transforme en rêve, ou peut-être qu’elle ne se transforme pas, mais elle se présente à nous comme si c’était le cas. Tout devient possible. Du balcon de ma grand-mère, j’ai cru entrevoir des chameaux, des déserts et des sirènes, mon oncle qui revenait de la guerre, et puis un cirque. Et puis je me suis vu, moi, devenu grand, filer à toute allure dans une voiture rouge.
Nous sommes faits de la substance même de nos rêves. J’étais au théâtre quand je l’ai entendu dire la première fois, et puis j’ai compris pourquoi certains aiment tant le brouillard et d’autres ne savent même pas ce que signifie se perdre pour mieux se trouver.
Nous sommes faits de la substance même de nos rêves. Mon voyage commence dans une mer distante de trois cents kilomètres, mais qui, avec le brouillard, vient lécher la clôture du jardin. Il commence par une fille belle comme ma voisine, par des cagoulards qui reviennent ivres du carnaval, par une femme nue que tous jurent avoir vu passer à dos d’éléphant. Il commence exactement là où chaque rêve semble finir et il finit là où pourrait commencer le prologue, par une phrase qui révélera pourquoi nous aimons les paradoxes et les mystères du théâtre.
Dans le brouillard, la réalité change de forme et les nuages bas nous transportent vers le haut, vers le ciel. Si, dans Nomade, nous regardions vers le haut pour découvrir que la nuit, le ciel est plus grand et si, dans Rain, une pluie de liberté nostalgique se déversait sur nous, dans Nebbia, le ciel descendra comme un manteau pour nous couvrir les épaules, pour protéger nos rêves.
Mais y aura-t-il le cirque, y aura-t-il des clowns, qui nous feront rire et pleurer? Sûrement.
Il y aura les histoires de mon quartier natal. Il y aura le temps suspendu, drôle, tragique, surréel.
Daniele Finzi Pasca
DANIELE FINZI PASCA
Metteur en scène, auteur, chorégraphe et clown, Daniele Finzi Pasca est né en 1964 en Suisse dans une famille de photographes. Avec un arrière-grand-père, un grand-père et un père photographes, ainsi qu’une mère peintre, ce créateur polyvalent semblait voué dès l’enfance à une carrière artistique. Il commence très tôt à collaborer avec son frère Marco. Il s'initie au monde du cirque grâce à la gymnastique puis, guidé par le clown Fery, il fait ses premiers pas sur la scène.
En 1983, il part pour l'Inde où il travaille comme volontaire pour soigner des malades en phase terminale. Il y rencontre Sunil, un jeune Bengali. À son retour en Suisse, il fonde le Teatro Sunil, qu'il dirige encore aujourd'hui.
Fasciné par l'univers de la clownerie, il développe avec Maria Bonzanigo une technique théâtrale qu'ils nomment « Teatro della Carezza » (Théâtre de la caresse) assurant l'activité d'un laboratoire de recherche sur l'approche technique du travail de l'acteur et du danseur.
Son impressionnante feuille de route comprend le monologue Icaro, présenté en six langues dans plus de quinze pays et déclaré meilleur spectacle étranger par l’Association des critiques de théâtre de Montevideo. Il publie un recueil de nouvelles, Come acqua allo specchio, puis écrit et interprète Aitestas, reconnu meilleur spectacle étranger par l’Association nationale des critiques mexicains. Au début des années 2000 il renoue avec le Québec en mettant en scène Visitatio.
Depuis 25 ans, il a produit plus de 30 spectacles de théâtre et de danse et a collaboré avec plus de 200 artistes de différents pays. Ses projets sont empreints d'une profonde humanité et d'un esprit ludique. Parmi ceux-ci, on trouve aussi : Rituale, Viaggio al Confine, Dialoghi col Sonno, Percossi Obbligati, Giacobbe, 1337…
Daniele Finzi Pasca a dirigé plusieurs créations entraînant le Teatro Sunil, ou une partie de ses membres, à collaborer avec lui dans différentes équipes créatives. En 2001, la rencontre avec les dirigeants du Cirque Eloize, Julie Hamelin et Jeannot Painchaud donne notamment naissance à la coproduction de la déjà célèbre Trilogie du Ciel, Nomade, Rain et Nebbia, imaginée et mise en scène par Daniel Finzi Pasca.

