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Règlements du concours (PDF)
Le Bourgeois gentilhomme
SUPPLÉMENTAIRES DU 9 AU 18 FÉVRIER 2010
de Molière
Mise en scène de Benoît Brière
Durée du spectacle : 2 h 45 incluant l'entracte
ATTENTION : IMPORTANTS TRAVAUX AUX ABORDS DU TNM
Diplômé de l’École Nationale de théâtre du Canada en 1991, Benoît Brière est fort connu du public tant il a travaillé depuis au cinéma, à la télévision et au théâtre. On l’aura vu dans Magique de Philippe Muyl, L’Âge des ténèbres de Denys Arcand, La Grande Séduction de Jean-François Pouliot, Un homme et son péché de Charles Binamé, et aussi dans Le Négociateur III, Le Plateau, Gypsies, Juliette Pomerleau, Cher Olivier, René Lévesque, pour ne mentionner que ces films, émissions et séries. Et on le verra bientôt dans le film Oscar et la dame en rose d’Éric-Emmanuel Schmitt ainsi que dans les rôles de Wilfrid Laurier, dans André Mathieu, le dernier des romantiques réalisé par Luc Dionne, et du coroner Boutet dans la nouvelle télésérie d’Alain Desrochers, Musée Eden.
Au théâtre, on le retrouve souvent chez les comiques comme Molière (Dom Juan, Le Bourgeois gentilhomme, Le Misanthrope), Goldoni (La Locandiera), Beaumarchais (Le Barbier de Séville) ou Feydeau (L’Hôtel du libre-échange) mais également chez des auteurs dramatiques comme Michel Tremblay (Hosanna), Marcel Dubé (Bousille et les justes) ou Serge Boucher (Là). Il passe ainsi d’une époque à une autre, d’un genre à un autre, d’une langue à une autre avec le même talent.
Son travail a été récompensé à plusieurs reprises. En effet, il a reçu le Prix Gascon-Roux pour le rôle de Sganarelle dans Don Juan, monté par Lorraine Pintal et présenté tour à tour, en anglais, au Festival de Stratford (été 2006) et, en français, sur la scène du TNM (hiver 2007) ; deux Masques : en 1994, pour le rôle de soutien dans La Locandiera et en 2002 pour sa participation au Dom Juan de Martine Beaulne. Benoît Brière a aussi remporté trois prix Gémeaux.
S’il signe pour la première fois une mise en scène au Théâtre du Nouveau Monde, il a déjà goûté à ce nouveau «rôle» en travaillant avec l’Atelier d’opéra de l’Université de Montréal qui a présenté Les Noces de Figaro en 2005 et, en 2009, Don Giovanni… retrouvant là des personnages qu’il connaissait bien !
Finalement, soulignons que Benoît Brière est actuellement directeur artistique du Théâtre de Terrebonne, où il a monté Silence en coulisses de l’auteur britannique Michael Frayn.
HIER, AUJOURD' HUI, DU PAREIL AU MÊME
Benoît Brière parle de Molière et du Bourgeois gentilhomme
Vous montez Le Bourgeois gentilhomme au TNM, qu’on appelle affectueusement la maison de Molière, la tradition d’y jouer régulièrement cet auteur étant fort bien implantée. La pièce y a déjà été présentée, d’abord en 1967 avec Georges Groulx, puis en 1989 avec André Montmorency ; vous revisitez donc cette comédie, on serait tenté de vous demander pourquoi.
J’ai voulu monter Le Bourgeois gentilhomme d’abord parce que c’est une excellente farce-ballet où le comédien, le metteur en scène et le public sont assurés de trouver du plaisir. Mais aussi parce que cette comédie m’est apparue très moderne, compte tenu que l’arrivisme, le thème central de la pièce, est un phénomène fort présent aujourd’hui.
Actuellement, il y a des gens d’affaires – à l’agenda très chargé – qui embauchent des personnes pour les mettre au courant de ce qui se passe en ville. Déjà, on savait que de tels « guides culturels » pouvaient identifier des expositions, des films, des pièces à voir ; or, maintenant, ça va encore plus loin. Ils mettent carrément leurs mots dans la bouche de ces bourgeois modernes : vous avez vu telle exposition, préféré telle toile pour telle raison, les critiques en ont pensé telle chose… L’unique but de ces « leçons » étant de fournir aux gens pressés de quoi faire la conversation en société. Il faut bien avoir quelque chose à dire lors des cocktails ! Ces gens, qui doivent entretenir « une cour », sont prêts à payer cher cette culture sur mesure pour éviter d’avoir l’air fou, exactement comme notre bourgeois ! Monsieur Jourdain veut être capable d’entretenir une conversation, certes pour séduire Dorimène, mais surtout pour monter en société.
À côté du bourgeois qui veut paraître autre que ce qu’il est, il y a ce noble, Dorante, qui, tout noble qu’il soit dans les manières, ne l’est pas du tout dans l’attitude. Il est fourbe ; il vole Monsieur Jourdain, se sert de lui. Ainsi Molière joue-t-il sur les deux tableaux : il caricature le bourgeois qui imite le noble, mais dénonce le noble sans scrupule. Donnez-vous la faveur à l’un ou à l’autre ?
Non, je ne prends pas partie. Je ne veux pas faire le travail du public ! Devant cette pièce, on comprend que les nobles sont sans le sou, qu’ils n’ont pas le choix de s’acoquiner avec les bourgeois plus fortunés. Mais on comprend aussi que doit se développer une relation donnant-donnant, car les bourgeois aussi sont en demande. Ils sont en quête de ce qu’ils n’ont pas : la culture ! On se dit alors qu’il faut mettre sur scène un personnage naïf, à qui on va fournir les éléments pour se planter et dont on va facilement rire. Mais, selon moi, c’est un peu amer. Et ce n’est pas tout !
En effet, je m’interroge aussi sur les maîtres qui s’amènent chez Monsieur Jourdain. On a tendance à les voir comme de véritables maîtres qui vont trouver le bourgeois un peu con tout en faisant ce qu’il leur demande. Mais est-ce que ce sont vraiment de « grands maîtres » ?
Ainsi personne ne trouverait grâce aux yeux de Molière ? Ces « maîtres » – à jouer, à danser, à penser – sont aussi sujets à critique : alors qu’ils tentent d’imposer leur manière de voir et de faire à Monsieur Jourdain, qui ne cherche qu’à calquer la culture des gentilshommes, les maîtres se montrent flatteurs et insolents à la fois et ils adoptent des comportements contradictoires.
Ils sont peut-être médiocres ! Comme si le patron, cherchant quelqu’un qui lui donnera le maximum d’information dans un minimum de temps, et qui ne coûte pas trop cher, avait trouvé leurs noms dans les pages jaunes ! Selon moi, ces maîtres ne sont sûrement pas les meilleurs de leur domaine. En effet, Molière n’épargne personne !
Extrait de l' Emporte-Pièces 09-10
Propos recueillis par Louise Vigeant, avril 2009

