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Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango

Le Bourgeois gentilhomme

DU 12 JANVIER AU 6 FÉVRIER 2010
SUPPLÉMENTAIRES DU 9 AU 18 FÉVRIER 2010
de Molière
Mise en scène de Benoît Brière
Durée du spectacle : 2 h 45 incluant l'entracte

ATTENTION : IMPORTANTS TRAVAUX AUX ABORDS DU TNM


  1. Le Théâtre du Nouveau Monde : la maison de Molière

  2. La comédie-ballet



Le Théâtre du Nouveau Monde : la maison de Molière

Éloi de Grandmont, Robert Gadouas, André Gascon, Jean Gascon, Georges Groulx, Guy Hoffmann et Jean-Louis Roux fondent le Théâtre du Nouveau Monde en 1951. Ces amis, qui ont fréquenté le Collège Sainte-Marie, joué avec les Compagnons de Saint-Laurent, voyagé en Europe ensemble, veulent faire du théâtre à Montréal et ils veulent leur propre compagnie. L’aventure est lancée !
Et elle est lancée avec Molière. En effet, le 9 octobre 1951 a lieu la première de L’Avare au Gesù, dans une mise en scène de Jean Gascon. Chaque saison aura ensuite son Molière et parfois même deux : Tartuffe, Dom Juan, Trois farces (Le Mariage forcé, Sganarelle, La Jalousie du Barbouillé), Le Malade imaginaire, Les Femmes savantes se succèderont. En dix ans, Molière devient l’auteur fétiche de la compagnie qui connaît de très beaux succès. Déjà des commentateurs, Jean Hamelin par exemple, parlent d’une «manière TNM» de jouer Molière, presque «sérieuse», sans trop de «cabrioles». Les fondateurs y auraient vu l’auteur par excellence, celui qui sait faire rire et réfléchir à la fois, qui tourne vers le public un miroir juste assez déformant pour rester… juste, qui a l’intelligence de la critique et la langue pour la soutenir.
À cette époque, le TNM fait des tournées au Québec, au Canada et en Europe. Si son Sganarelle ou Le Cocu imaginaire, par exemple, n’est pas joué cent quarante fois comme l’original, il se fera applaudir chaleureusement à Montréal, au Festival de Stratford et aussi à Paris, sur la scène du Théâtre Hébertot en 1955, pour un total de quatre-vingts représentations. Ce qui est plus qu’honorable !
Au fil des ans et des lieux – la compagnie jouera au Gesù, à l’Orpheum, au Théâtre Port-Royal avant d’avoir son propre théâtre en 1972 alors qu’elle fait l’acquisition de la Comédie canadienne –, les directions (Jean Gascon, Jean-Louis Roux, Olivier Reichenbach, Lorraine Pintal) proposent des programmations équilibrées qui puisent dans le répertoire comme dans la dramaturgie contemporaine et invitent à la découverte de créations québécoises.
Cependant, parmi tous les auteurs, c’est assurément Molière qui s’est retrouvé le plus souvent sur la marquise. Comme s’il y avait une sorte de besoin pour les créateurs (et pourquoi pas pour les spectateurs ?) de revenir à cette œuvre fondatrice de la comédie. Qu’elle soit de caractère ou de mœurs, la comédie moliéresque est si riche d’enseignement sur l’humain que bien des metteurs en scène trouvent un défi formidable à convoquer ses mots et ses gestes. Et chacun de montrer un avare, un tartuffe ou un misanthrope, plus ou moins détestable, un Arnolphe plus ou moins pathétique, un Jourdain plus ou moins ridicule, des précieuses plus ou moins… féministes, comme un don juan plus ou moins condamnable, tirant les histoires de Molière tantôt vers la farce tantôt vers le drame. L’œuvre de Molière permet tout cela. L’acuité du regard peut trouver bien des chemins pour se manifester car, avec Molière, on ne juge ni ne condamne, on apprend à connaître.
Le Bourgeois gentilhomme sera joué deux fois par le TNM : en 1967, Jean Gascon, aux dires de Martial Dassylva, « a troussé là l’un de ces spectacles robustes, gaillards et prestes qui enchantent l’œil, l’oreille et l’esprit » (Un théâtre en effervescence, Éd. La Presse, 1975) avec Georges Groulx dans le rôle du bourgeois ; en 1989, André Montmorency jouera Monsieur Jourdain dans une mise en scène de Guillermo de Andrea. Mais Le Bourgeois a aussi été vu au Festival Juste pour rire, quand Denise Filiatrault y a dirigé Benoit Brière dans le rôle-titre en 1995.
Comme les personnages de Molière sont atteints de maux sans âge : hypocrisie, narcissisme, envie, obsessions de toutes sortes (argent, maladie, statut, pouvoir), ils peuvent encore revenir souvent sur nos scènes et on les reconnaîtra toujours.

Extrait de l' Emporte-Pièces 09-10
Louise Vigeant






La comédie-ballet

La fête donnée par Nicolas Fouquet à Vaux-le-Vicomte, en 1661, a eu plus d’une retombée. En effet, Louis XIV, apparemment jaloux du château somptueux de son surintendant et du faste de la fête à laquelle il a été invité, aurait fait arrêter Fouquet pour lui avoir fait ombrage. Bien que l’on n’exclue pas d’autres raisons de cette arrestation (malversations), la légende aime retenir que le jeune roi ait agi par envie. Immédiatement, il convoque les architectes de Vaux-le-Vicomte pour faire de Versailles le plus beau des châteaux. Et puis, c’est à Vaux-le-Vicomte qu’est née la comédie-ballet !
Invité par Fouquet, Molière crée une pièce pour la première fois en dehors de son théâtre, spécialement pour la cour : Les Fâcheux. S’il était habituel d’intercaler des scènes de comédie entre les ballets (les danseurs doivent se changer), Molière innove en donnant cette fois un même sujet aux scènes jouées et aux « entrées » dansées. Molière aurait voulu ainsi « ne pas rompre le fil ». Le Roi apprécie. Un nouveau genre est né.
Plein d’ambition et avide de plaisir, Louis XIV fait agrémenter son château de jardins et de plans d’eau, pour créer un cadre merveilleux où il veut donner de grandes fêtes. La première a lieu du 1er au 14 mai 1664, marquant le début d’une véritable politique du divertissement à la gloire du Roi Soleil. Les Plaisirs de l’Île enchantée, fêtes galantes et magnifiques, auxquels Molière participe, auront des échos dans toutes les cours d’Europe. Louis XIV, dont toute la vie est théâtralisée (du lever au coucher en public), sera friand de défilés costumés (l’Orient est souvent inspirant), ballets (où il danse), tournois et carrousels, concerts, feux d’artifice ainsi que de théâtre avec machineries complexes (et décors élaborés mais éphémères faisant oublier le « chantier » que sont les abords du château pendant plusieurs années). Le roi est grand producteur de spectacles, dont il est l’initiateur et la vedette ! Molière, plus que tout autre, le fera danser et rire.
Dans ses comédies-ballets, avec la complicité du compositeur du roi, Lulli, Molière intègre donc action dramatique et chorégraphie, avec apparition justifiée de la musique (sérénade dans Le Sicilien, leçon de danse dans Le Bourgeois gentilhomme, fête dans George Dandin) participant ainsi à la naissance de l’opéra en France. 

Extrait de l' Emporte-Pièces 09-10
Louise Vigeant