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Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango
Guy Jodoin




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Règlements du concours (PDF)


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Le Bourgeois gentilhomme

DU 12 JANVIER AU 6 FÉVRIER 2010
SUPPLÉMENTAIRES DU 9 AU 18 FÉVRIER 2010
de Molière
Mise en scène de Benoît Brière
Durée du spectacle : 2 h 45 incluant l'entracte

ATTENTION : IMPORTANTS TRAVAUX AUX ABORDS DU TNM


. Molière

Molière, né Jean-Baptiste Poquelin en 1622, est fils de bourgeois, son père étant un marchand tapissier qui achète en 1631 un office de tapissier ordinaire du roi et devient prospère. Les valets de chambre tapissiers, tâche qui les faisait «écuyers», étaient chargés tous les jours d’aider à faire le lit du roi, mais surtout de confectionner et d’entretenir ses meubles et garnitures (même en campagnes). Les tapissiers étaient huit et travaillaient deux par deux un trimestre par an, ce qui leur laissait du temps pour vaquer à leurs affaires à la ville. Molière, selon la coutume, reprendra — tout comédien qu’il soit — cette charge, en 1660, à la mort de son frère qui avait d’abord succédé à son père. Il aurait ainsi servi le roi trois mois par an. L’homme de théâtre signera d’ailleurs toute sa vie «Molière, tapissier du Roi», quoi que l’on n’ait pas beaucoup de détails sur comment et quand il accomplissait cette tâche. La vie à la cour lui est donc familière sous plusieurs rapports. Son sens de l’observation et sa capacité à répondre aux désirs du roi dont il connaît bien les goûts pour les divertissements seront gages de ses succès.
Compte tenu de son tempérament — un homme d’esprit «ayant l’âme belle» mais aussi «libérale», selon ses biographes —, Molière connaîtra une carrière parfois houleuse, car sa détermination à faire de la comédie un genre «sérieux» entraînera souvent des querelles. Autant il sait faire rire, autant, parfois, les sujets de ses satires offusquent. Aussi Molière sera-t-il tantôt protégé par le roi, qui lui accorde une pension à compter de 1662, tantôt dangereusement «oublié» par le monarque qui a beaucoup de gens à ménager. Mais comment Molière est-il devenu «le premier farceur de France» ?
Après des études chez les Jésuites, puis de droit à Orléans en 1642, il succède temporairement à son père (il avait prêté serment au roi comme tapissier dès 1637), sans grand enthousiasme apparemment. Ayant rencontré la comédienne Madeleine Béjart, il s’associe à elle pour fonder L’Illustre Théâtre. Le jeune bourgeois prend des risques ! Ils joueront à Paris quelques années au jeu de paume des Métayers puis de la Croix-Noire, mais les affaires étant plutôt mauvaises (Poquelin sera même emprisonné quelques jours pour dettes), la troupe partira en province. De 1645 à 1658, Molière, qui a pris ce pseudonyme dès 1644, vivra du théâtre : il joue dans des comédies, des pastorales, des tragédies — déjà aussi la troupe est polyvalente, car musique et danse côtoient le jeu parlé. Il écrira de plus en plus de textes pour ses compagnons (surtout des farces), prendra, en 1657, la direction (incontestée jusqu’à sa mort) de la troupe qui connaît alors de beaux succès. Il y a un grand nombre de comédiens ambulants en France à cette époque, mais certaines troupes, comme celle de Molière, bénéficient d’un statut privilégié étant protégées par des seigneurs qui les engagent pour des cérémonies officielles ou des représentations privées. Chose certaine, cet apprentissage sur le tas influera sur son travail — la tournée entraîne à être rapide et efficace ! — et sur ses œuvres à venir où se fera sentir une bonne connaissance des planches et une réelle liberté d’esprit. La réputation de la troupe atteindra Paris où, à son retour en 1658, on attend déjà Molière. L’Illustre Théâtre loue alors le jeu de paume du Marais (théâtre où a triomphé Le Cid de Corneille en 1637) ; protégée par Monsieur, le frère du roi, la troupe est vite installée au Petit-Bourbon qu’elle partage avec les Comédiens italiens. Molière profitera de ce voisinage avec le grand Scaramouche dont il s’inspirera non seulement pour créer Sganarelle mais aussi pour rendre la comédie française aussi «physique» que la comédie italienne.
La troupe connaîtra son premier grand succès avec Les Précieuses ridicules en 1659 et un deuxième important en 1662 avec L’École des femmes. Molière n’en est plus à la simple farce, il écrit dorénavant de vraies bonnes comédies, voire de «grandes comédies» en vers. La création de L’École des femmes sera toutefois l’occasion de la première cabale contre Molière qui fera face à des accusations touchant sa vie privée. En effet, le comédien vient d’épouser Armande Béjart, de vingt ans sa cadette, alors qu’il vient de ridiculiser le «vieux» barbon d’Arnolphe ayant fait élever la jeune Agnès dans l’ignorance pour «se faire une femme à sa convenance», précaution devant lui garantir de n’être pas fait cocu.  Pire que cela, le bruit court qu’Armande, présentée comme la jeune sœur de Madeleine, serait en fait sa fille. Madeleine et Molière ayant été longtemps amants, il n’en faut pas plus pour que Molière soit soupçonné d’inceste ! Blâmes d’impiété et de libertinage émailleront dorénavant sa vie.
Malgré ces intrigues, ou peut-être à cause d’elles, Louis XIV décide de soutenir son comédien en devenant le parrain de son premier fils ! Appréciant les talents de Molière, Louis XIV l’invitera à participer à l’organisation de toutes les grandes fêtes qu’il donnera à Versailles à partir de 1664 et il fera de sa troupe la Troupe du roi en 1665.
Molière est à la mode. Son théâtre, dont le répertoire est assez varié, marche bien : il y a des créations (succès et fours), des reprises pour renflouer les coffres, des interruptions pour cause de maladie ou d’invitation à la cour. Rapidement, cependant, ce seront d’abord les créations de Molière qui l’empliront. Alors que certains le dénigrent, le qualifiant de «bouffon», la plupart applaudit ses caricatures, parfois très audacieuses, voire subversives quand Molière, par exemple, prend la part des femmes ou des jeunes. S’il n’a pas été le tragédien qu’il rêvait être, en revanche tous les commentateurs s’entendent pour souligner la qualité de son jeu, relevant entre autres l’efficacité de ses mimiques. Surtout, avec lui, la comédie peut maintenant «porter à conséquence». Pour le public éclairé de son temps, et pour la postérité, il est l’auteur marchant sur la corde raide tendue entre hommes et femmes, vieux et jeunes, bourgeois et nobles, «indulgents et rigoristes» — déformant les défauts pour dénoncer les excès des uns et des autres — toujours cherchant l’équilibre du «bon sens». Il en est ainsi sur le plan moral ; de la même manière, sur le plan esthétique, Molière participe des deux courants de son siècle : le classicisme, en cherchant à donner les lettres de noblesse que la vraisemblance, le vers et la composition en cinq actes assurent à ses grandes comédies, et le baroque, en répondant aux goûts de la cour par des spectacles à grand déploiement tout de métamorphoses et d’apparitions surprenantes, divertissements exubérants mêlant jeu, musique et danse.
En 1673, Molière crée au Palais-Royal Le Malade imaginaire, sa dernière comédie-ballet où, à l’intrigue comique traditionnelle du père choisissant un mari plus pour son profit personnel que pour le plaisir de sa fille, se mêlent ballets et intermèdes à la manière des divertissements royaux. Pourtant, Molière, qui joue lui-même Argan, sait encore une fois habilement laisser poindre à travers la satire d’un comportement qui fait bien rire le public un portrait d’homme simplement aux prises avec des défauts bien humains. Après la quatrième représentation, le 17 février 1673, Molière, phtisique depuis plusieurs années, meurt. Vie et théâtre se sont imbriqués une ultime fois.

Extrait de l' Emporte-Pièces 09-10
Louise Vigeant