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Photo : Yanick MacDonald

Le Dragon bleu

DU 9 AU 17 JUIN 2010

de Robert Lepage et Marie Michaud
Mise en scène Robert Lepage
Une production Ex Machina

Durée du spectacle : 1 h 50 sans entracte
ATTENTION : IMPORTANTS TRAVAUX AUX ABORDS DU TNM

Robert Lepage

L’AILLEURS DE NOS VIES
par Robert Lepage

Les trois parties fondatrices Trilogie des dragons avaient pour titre Le Dragon vert (1910-1935), Le Dragon rouge (1935-1960) et Le Dragon blanc (1960-1986). Le Dragon bleu se situe, pour sa part, vingt ans plus tard. Qu’est-ce qui a changé selon vous, et pour les personnages et dans le monde dans lequel ils sont?
De la même façon que, dans Le Polygraphe, il y avait un avant et un après le mur de Berlin, il y a avec les « dragons » un avant et un après notre découverte de la Chine. À l’époque où l’on a conçu La Trilogie des dragons, il était encore difficile d’aller en Chine; aujourd’hui on se retrouve avec une Chine radicalement différente, très invitante, de plus en plus ouverte. Notre rapport à ce pays a donc basculé. Cette ouverture de la Chine tombe bien et nous permet aujourd’hui de poursuivre cette saga entreprise il y a vingt ans. Dorénavant, il ne faut plus juste aller en Chine, mais bien ramener quelque chose de ce pays. Dans La Trilogie des dragons, tout s’organisait et se mettait en place durant soixante-quinze ans de telle façon que Pierre Lamontagne puisse être propulsé en Chine; maintenant, dans Le Dragon bleu, il va ramener quelque chose et ce doit être évidemment un lien de sang. Son sang doit se mélanger avec celui de la Chine.

Déjà, La Trilogie des dragons parlait de ce qui se transmet d’une génération à l’autre, et, entre autres, de ce désir d’aller toujours plus loin vers l’Ouest et éventuellement vers la Chine; Le Dragon bleu vient en quelque sorte refermer le cycle. L’œuvre parle de la Chine d’aujourd’hui, préoccupée par sa nouvelle réalité économique et qui met en veilleuse, pour un certain temps, sa culture millénaire, sa philosophie, ses manières de faire traditionnelles.

Dans ce contexte, qui – mieux qu’un étranger – est en mesure d’observer la réalité actuelle? Pierre Lamontagne ne va pas en Chine comme un simple observateur. Il s’y trouve transformé, son identité est refaçonnée par la Chine. L’histoire d’un personnage qui fait un voyage initiatique et qui revient, c’est une chose; l’histoire d’un homme qui va s’installer quinze ou vingt ans dans un autre pays, c’est autre chose! Pierre devient profondément chinois. Pour sa part, le personnage de Claire Forêt n’y reste pas longtemps. Aussi les visions de ces deux Québécois sont-elles très différentes l’une de l’autre. Le bouleversement vécu par Claire sera plus spontané, moins ancré dans sa chair. 


L’Homme de théâtre total


On lui doit La Trilogie des dragons, Les Aiguilles et l’Opium, Les Sept Branches de la rivière Ôta, la face cachée de la lune… Ses spectacles ont traversé toutes les frontières. Il a été le premier Nord-Américain à monter Shakespeare au Royal National Theatre de Londres; il a mis en scène des opéras en Grande-Bretagne, au Japon, en France et aux États-Unis; a été choisi par Peter Gabriel pour assurer la direction artistique de ses tournées mondiales; a réalisé des films qui se retrouvent à Cannes; s’est vu confier sans doute le plus grand navire scénique des temps modernes, c’est-à-dire KÀ du Cirque du Soleil dont le budget avoisine les 260 millions de dollars. Du trophée Pierre Curzi de la Ligue nationale d’improvisation à la Légion d’Honneur, son oeuvre fut couronnée par une multitude de prix internationaux.


Le CV de Robert Lepage (31 pages) est à lui seul un catalogue des principaux festivals de théâtre dans le monde. Il rend compte d’un artiste au talent démesuré, nourri par les arts visuels, la littérature, l’architecture, le cinéma, les nouvelles technologies, la géographie, l’histoire contemporaine… Homme de théâtre total, il passe habilement de la mise en scène à l’écriture, du jeu à la réalisation. Saluée par l’ensemble de la critique internationale, son oeuvre est considérée déjà comme une charnière dans l’histoire du théâtre moderne, bouleversant les codes traditionnels, réinventant la scène et plus généralement l’espace théâtral. À mi-chemin du spectacle et de la performance, les pièces de Robert Lepage constituent des événements en soi, qui ont influencé et influenceront de nombreux artistes.


Né à Québec en 1957, il est attiré très rapidement par de nombreuses formes d’art, qui l’amènent à entrer au Conservatoire d’art dramatique de Québec à l’âge de 17 ans. Après un stage auprès d’Alain Knapp à Paris en 1978, il participe à plusieurs créations, joint le Théâtre Repère, crée Circulations en 1984 — le premier de ses spectacles collectifs à prendre la route. L’année suivante, La Trilogie des dragons amorce le cycle des festivals internationaux. Ce sera le début d’une longue carrière…


En lui décernant le Prix Hans Christian Andersen en 2004, la Fondation de l’illustre conteur tenait à souligner l’oeuvre d’un artiste dont le rayonnement pourrait contribuer à rendre hommage à Andersen. Et à y regarder de plus près, on peut remarquer de nombreuses similitudes entre les deux hommes… Tous deux ont en commun la passion (ou la nécessité?) des voyages, tous deux ont voulu très tôt faire du théâtre — l’un a cependant connu des débuts plus heureux que l’autre... Lepage et Andersen éprouvent une fascination pour les technologies et les machines; ils accordent une grande importance à l’imaginaire, au merveilleux; connaissent un succès international et vont jusqu’à partager certains lieux! C’est le cas d’Elseneur, à la fois lieu où Andersen a étudié et titre d’un spectacle solo de Robert Lepage.