Mot de la directrice artistique

Toujours plus près de l’âme humaine!

Autant il faut continuer à rendre accessible les œuvres capitales de l’humanité au plus grand nombre, autant il est essentiel d’ancrer les thèmes des textes choisis dans le temps présent. (André Malraux)

À travers une programmation qui se veut un écho aux préoccupations du monde actuel, notre regard se tourne résolument vers l’avenir, projetant vos rêves et nos ambitions. La relecture des classiques et la création contemporaine sont au cœur de notre mission et ils sont devenus, au fil des saisons, l’oxygène nécessaire à notre renouveau et à notre ressourcement. C’est dans cet esprit que la saison 2018-2019 a été pensée afin de vous offrir des textes porteurs de repères, lesquels je l’espère nous guideront dans cette quête identitaire nécessitant l’engagement collectif par une prise de parole artistique affirmée.

En jetant un éclairage neuf sur la pensée de Voltaire qui avait l’oreille des intellectuels de son temps et encore ceux d’aujourd’hui, j’ai senti le besoin de répondre à cette quête de sens qui nous anime. La voix de cet auteur rarement porté sur une scène de théâtre, dont l’année 2018 marque le 240e anniversaire de sa mort, se révèle lumineuse et fantaisiste grâce à Candide qui à travers le rire s’indigne devant les dérives amoureuses ou les scandales politiques. Dans une adaptation scénique de l’auteur Pierre Yves Lemieux, Alice Ronfard, à la mise en scène, retrouvera Emmanuel Schwartz avec lequel elle poursuit un cycle de création foisonnant.

Marcel Dubé nous a quittés en 2016 nous obligeant à faire le deuil d’une certaine vision humaniste du peuple québécois. Bilan fait le procès de cette bourgeoisie décadente, imbue d’elle-même qui a rejeté le projet collectif d’affranchissement pour assouvir ses ambitions. Pour un théâtre dont la mission est de préserver la mémoire des grands auteurs, il était fondamental de programmer cette œuvre majeure en y associant un metteur en scène chevronné que l’on accueille pour la première fois au TNM, Benoît Vermeulen.

Coriolan de Shakespeare, sous la direction de Robert Lepage, nous arrivera du réputé Festival de Stratford qui présentera la production au cours de l’été 2018. Robert Lepage a tenu à présenter la version française au TNM en utilisant la traduction de notre grand poète, Michel Garneau. Sa traduction confère à cette tragédie guerrière une pulsion brutale que seuls des personnages plus grands que nature arrivent à soutenir.

Dans la foulée des thèmes choisis, il nous fallait de la démesure pour compléter une saison ancrée dans le présent. L’idée de faire se succéder Britannicus de Racine et une création inédite de Michel Marc Bouchard, La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé s’est imposée. La mise en scène de Britannicus a été confiée au jeune metteur en scène Florent Siaud, car la relecture des classiques passe par l’accueil des talents émergents qui donnent un autre souffle aux textes du passé. Quant au prochain opus de Michel Marc Bouchard, il interroge la mort en pénétrant dans le royaume d’Hadès par le biais d’une thanatopractrice de réputation mondiale. L’auteur et le metteur en scène Serge Denoncourt ont amorcé un cycle de création depuis plus de dix ans ; cette mise au monde de textes nouveaux se devait de se perpétuer sur la scène du TNM.

J’aurai par ailleurs le privilège de diriger Éric-Emmanuel Schmitt dans sa plus récente création Le Mystère Carmen. Il incarnera le compositeur Bizet confronté à cette femme libre et conquérante qu’est Carmen et qui sera interprétée par la mezzo-soprano Marie-Josée Lord.

Mon plus vif désir est que le TNM demeure un théâtre ouvert sur tous les possibles où se rencontrent de multiples créateurs animés par le désir de dépasser les limites du consensuel et où la relation avec vous, cher public, est basée sur des valeurs de communion et d’échange. Pour moi, le théâtre et les arts doivent être avant tout au service de l’humain et ce souhait profond qui m’anime de m’occuper de celles et de ceux qui ont choisi le TNM comme maison de théâtre, fait que je me sens de plus en plus près de l’âme humaine, de la vôtre et de celle des artistes qui évolueront sur notre scène.

Merci de faire partie de la grande famille du TNM et bonne saison 2018-2019.

Lorraine Pintal
Directrice artistique