Résumé
Une rumeur court dans la Cité : les Troyens seraient vaincus, la guerre est terminée et bientôt les Grecs triomphants regagneront leurs terres ! Pourtant, dans le camp des vainqueurs, un autre conflit aura bientôt des conséquences funestes. Personne n’a oublié le fort prix auquel a consenti le roi Agamemnon pour s’assurer la victoire. En sacrifiant aux dieux sa fille Iphigénie, le souverain s’est attiré les foudres d’une ennemie redoutable, sa propre épouse Clytemnestre, blessée et en colère. Elle orchestre alors le meurtre de son mari, lequel s’inscrit dans la chaîne des événements qui accablent la succession maudite de l’aïeul Atrée. Cette mort déclenche surtout la fureur des enfants survivants du couple, Électre et Oreste, qui ne peuvent laisser ce crime impuni. Ainsi le meurtre appelle le meurtre, la violence engendre la violence en un cycle sans fin. Faut-il encore s’en remettre aux dieux, dont les desseins sont rarement limpides et dont les caprices sont légendaires ? En fuite, à bout de souffle, pourchassé, Oreste le matricide implorera Athéna, la guerrière mais aussi la juste, la sage. La réponse de la déesse sera à la fois un cadeau et une charge, une libération et une responsabilité : les dieux se retirent du tribunal, il appartiendra donc désormais aux humains de juger du sort de leurs semblables.
Sommaire

Mot de Geoffrey Gaquère
Codirecteur général et directeur artistique
Cher public,
C’est un grand honneur pour moi de vous accueillir pour cette Orestie d’Eschyle. Un honneur d’autant plus grand que ce spectacle ouvre le 75e anniversaire du Théâtre du Nouveau Monde et qu’il marque le début de ma première programmation comme directeur artistique de cette grande et belle maison.
Pour ouvrir ce nouveau chapitre, je souhaitais faire de la scène du TNM un lieu de rassemblement. J’avais envie d’une grande fresque, de celles qui nous rappellent pourquoi, depuis des millénaires, nous nous rassemblons dans un théâtre pour écouter des histoires et tenter, ensemble, de mieux comprendre le monde.
Revenir au fondement même de notre art avec une œuvre antique. Car si L’Orestie nous vient d’un passé lointain, son écho fait puissamment résonner notre présent. L’œuvre d’Eschyle raconte un moment charnière : celui où une société tente de sortir du cycle sans fin de la vengeance. Où l’on passe de la loi du talion — œil pour œil, dent pour dent — à l’invention d’une justice fondée sur la parole, le débat et le jugement d’un jury de citoyens. Autrement dit, à l’avènement d’une certaine idée de la démocratie.
L’idée de L’Orestie, c’est Mani Soleymanlou, directeur artistique du Théâtre français du Centre national des Arts, qui m’en a fait la proposition. Je l’en remercie du fond du cœur, tout comme je remercie le CNA et le Fonds national de création. C’est grâce à cette collaboration entre nos deux maisons que nous pouvons vous offrir aujourd’hui un spectacle d’une telle ampleur.
Pour nous, Alice Ronfard était la femme de théâtre toute désignée pour porter un tel projet. Après La traversée du siècle, où elle faisait surgir cent ans d’histoire du Québec à travers les femmes imaginées par Michel Tremblay, nous savions combien son regard, son intelligence du plateau et son sens de la fresque pouvaient entrer en dialogue avec la puissance d’Eschyle.
Merci aux 32 interprètes, artistes chevronnés et jeunes issus de nos écoles de formation, qui font battre ensemble le cœur de ce spectacle. Le TNM, c’est aussi cela : une maison où les générations se rencontrent.
Puissent-ils nous rappeler que faire société n’est jamais chose acquise. C’est un travail de tous les instants. Un geste sans cesse à recommencer. Et le théâtre nous aide à l’accomplir.
Merci à la formidable équipe du TNM. Et merci à vous, cher public, de nous faire le bonheur d’être à nos côtés.
Bon théâtre, bon 75e anniversaire, et longue vie au Théâtre du Nouveau Monde.
Geoffrey Gaquère
Codirecteur général et directeur artistique

Mot d'Alice Ronfard
Adaptation et mise en scène
Je ne monte pas l’Orestie pour rendre hommage à un monument du théâtre ni pour célébrer une trilogie fondatrice du théâtre occidental.
Je monte l'Orestie parce que cette pièce m'interpelle profondément
en tant que femme, en tant que metteure en scène et surtout en tant que citoyenne.
Le texte vieux de 2500 ans rappelle que la démocratie reste inachevée, inégale, parfois sourde aux voix étouffées : celles des femmes, des mères, des hommes condamnés au silence, des êtres rejetés aux marges de l’histoire.
Si Eschyle raconte que l’institution du tribunal par Athéna marque la fin d'un cycle de vengeance et l'avènement d'un nouvel ordre politique. La justice apparaît alors comme une réponse à la violence : elle remplace la loi du sang par la loi de la cité et ouvre la possibilité d'un vivre-ensemble fondé sur la délibération plutôt que sur la vengeance.
Je ne remets pas en cause cette conquête. Je demande plutôt ce qu’il reste lorsque le verdict est rendu. Comment vivre quand la mémoire demeure ?
Dans cette adaptation j’ai voulu montrer un Oreste pris dans la logique de l’acte qu'il a commis et que cet acte a façonné toute son existence. Il est devenu un homme construit autour d’une violence et d'une absence, celle d’une femme, sa mère, qu’il a aimé et tuée.
La tragédie se déplace du tribunal vers l'intériorité.
Les citoyens ne sont plus seulement les témoins d'une fondation politique ; ils deviennent l'image d'une communauté qui cherche, comme nous aujourd'hui, à comprendre comment vivre après la violence. Les avocats organisent les faits et donnent une forme au débat démocratique, mais leur parole se heurte à ce qui échappe au droit.
L’Orestie ne raconte donc plus uniquement le passage du mythe à la démocratie. Elle interroge ce qu’une société fait de la violence une fois la justice rendue : comment elle en préserve la mémoire, comment elle écoute ceux et celles qui en portent les traces, et comment elle évite que cette violence ne se transmette de génération en génération.
J’ai pu réaliser ce projet qui me fait trembler de peur et de désir avec l’aide et la complicité d’une communauté d’humains et humaines qui m’ont encouragée, accompagnée, soutenue.
Un grand merci
Alice Ronfard







































